> Signer avec les bébés : mode ou avancée pédagogique?

 La petite enfance regorge de pratiques pédagogiques diverses et variées où les professionnels s’interrogent parfois sur leur intérêt et leur pertinence leur attribuant une étiquette péjorative de « mode ». La communication gestuelle associée à la parole (CGAP) n’échappe pas à la règle en étant très régulièrement reclassée au rang des gadgets inutiles voire néfastes pour le développement du langage chez l’enfant. Le point de vue de Sandrine Higel  et de Sandrine Moreira de Signes2mains.

 

 

 


Signer c’est tricoter des liens, pas à pas, c’est un cheminement associé à la communication bienveillante. Il n’est pas suffisamment diffusé l’importance de la parole liée à cet outil*. Parler, c’est d’abord observer. De cet œil attentif en passant par l’attention, l’intention à donner à la relation, et l’éloge de la lenteur. « Donner du sens » comme nous le rappelle justement Arnaud Deroo*, et ralentir son pas d’adulte car « le temps de l’enfant est un temps lent »
Une parole bien adressée est l’occasion d’un soutien, d’une aide, d’une reconnaissance. Signer, ça réchauffe les cœurs, et un cœur « chaud » d’enfant, de parents ou de professionnels est un cœur rassuré, serein, reconnu. Entre adultes cette communication gestuelle se diffuse en douceur, et si elle nous confronte à nos propres limites et représentation, elle vient lever les barrières, des jugements, limite les intrusions et permet une rencontre différenciée. Explorons d’autres connexions, d’autres réseaux soucieux des ressources du collectif, étayage solidaire si précieux.

Multiplier les supports de communication
Les innovations pédagogiques sont au cœur des réflexions et des recherches en neurosciences et en neuro-éducation. Les travaux des pédagogues du siècle derniers sont maintenant validés par les neurosciences. L’innovation pédagogique, c’est donc savoir adapter sa pratique professionnelle au regard des avancées et des découvertes concernant l’enfant, son cerveau et son développement.  
Communiquer, nécessite de varier les différents canaux de communication. L’enfant a besoin de multiplier les supports de communication pour rentrer plus facilement en contact avec l’autre. La communication gestuelle associée à la parole est la combinaison de l’oral et l’auditif, du visuel et du kinesthésique. Une sphère multidimensionnelle indispensable à l’enfant.

Signer,  c’est s’adapter  aux capacités des petits
En signant auprès des enfants, l’adulte offre un outil adapté à leurs capacités pour s’exprimer et entrer en relation. Ils savent utiliser leur corps pour dire, pour signifier un inconfort, un besoin … ils savent utiliser leurs mains pour pointer du doigt, alors ils sauront utiliser les signes de la communication gestuelle, s’ils le désirent, pour échanger avec leur interlocuteur.  Le signe doit être au service de l’enfant, et non une astuce pédagogique pour le « confort » de l’adulte. Investir la communication gestuelle dans sa pratique quotidienne c’est parier sur un système relationnel écologique car équilibré entre l’adulte et l’enfant.

Un outil pédagogique qui fait sens quand il est investi
Mais,  quand les références, les croyances et les repères sont chahutés par la « nouveauté » , on considère celle-ci comme une mode passagère. Pourtant, ne sont gadgets que les outils qui ne sont pas utilisés, et s’ils le sont en tant que tels les dérives d’utilisation ne sont pas loin. Les signes « stars » que l’on retrouve souvent comme « assis », « merci », « s’il te plait » « interdit » à tout bout de champ font-ils sens ? Cela crée-t-il du lien Les outils pédagogiques utilisés avec bienveillance et bon sens participent à la création du lien donc à la sécurité affective. Il ne s’agit pas de « faire de la communication gestuelle » mais « d’être un communiquant aux multiples outils ». L’importance de l’incarnation professionnelle est au centre de ces pédagogies « nouvelles » datant, pour certaines, de plusieurs décennies.  N'importe quel outil pédagogique n’est utile que s’il est investi par des professionnels bienveillants. Peu importe l’outil, s’il se substitue à l’adulte, il perd de son efficacité. Les signes mais également les coussins émotionnels etc. doivent être des vecteurs de communication entre l’adulte et l’enfant et non des « remplaçants » de l’adulte.

*Arnaud Deroo : « Ne vous perdez pas »
*La CGAP est un outil, non une méthode visant des palier progessif avec une attente de résultat

Article rédigé par : Sandrine Higel et Sandrine Moreira

 

Publié le 03 mars 2022 Dans les Pro de la petite enfance

 

Mis à jour le 03 mars 2022

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