> Pourquoi porter une attention particulière aux temps de séparation et de retrouvailles entre parent(s) et jeunes enfants

 

Que votre enfant soit confié à une assistante maternelle, une crèche, ou autre, l’arrivée dans les locaux du lieu d’accueil et le départ de ce lieu sont des temps forts de sa journée, forts surtout en émotions ! Mais notre quotidien nous contraint à être souvent pressés, ces temps de séparations et de retrouvailles se déroulent donc souvent dans la précipitation, ne laissant pas le temps nécessaire pour être attentifs à ces émotions.

Prenons un instant pour appréhender ces moments du point de vue du jeune enfant, avec son cerveau immature, car en cours de construction. On parle communément de la séparation du matin et des retrouvailles du soir, mais il s’agit plutôt des séparations et des retrouvailles respectivement du matin et du soir : car les acteurs et qui entrent en jeu sont multiples… Le matin, l’enfant doit : se séparer de son parent, mais aussi retrouver, le(s) professionnel(s), et même les autres enfants qui fréquentent ce lieu. Le soir, il faut tout recommencer dans le sens inverse !

Une question d’attachement

L’enfant quitte les bras les plus sécurisant qu’il connaisse : ceux de son parent qui est sa figure principale d’attachement. Il doit rejoindre ceux du professionnel qui est une figure d’attachement subsidiaire pour lui : c’est-à-dire moins sécurisante, simplement car il la connait depuis moins longtemps que ses parents, qui eux sont présents au quotidien depuis sa naissance. Sa relation avec le professionnel est encore en construction, celle-ci se consolidera d’autant mieux si l’enfant constate que vous avez des échanges posés avec lui à son sujet, et que vous le confiez à lui sereinement et en toute confiance. (…..)

Ainsi, il est indispensable de prendre le temps pour les transmissions aussi bien le matin que le soir. L’idéal pour le confort des enfants est que ces temps se déroulent au sol : cela permet à la fois au professionnel de ne pas changer de place et d’être toujours bien repéré par les enfants qui sont en train d’explorer(….) Ce moment est un temps privilégié(…)  

C’est aussi parce que vous êtes sa figure d’attachement principale, que votre enfant se sent suffisamment en sécurité, pour relâcher tout le stress accumulé durant la journée, dès votre arrivé. Il peut ainsi se mettre à pleurer dès qu’il vous voit, ce qui peut créer chez vous l’impression qu’il n’a pas passer une bonne journée à la suite de la séparation du matin, ou pire qu’il ne veut pas vous voir. Rassurez-vous, il n’en est rien au contraire cela prouve que votre enfant se sent bien avec vous !

Une question de temporalité

Si l’adulte dispose de montres et autres outils qui lui permettent de se repérer dans le temps durant la journée, ce n’est pas le cas de l’enfant qui vit dans l’instant présent. En plus d’être démuni de repères temporels, il est incapable de se projeter et d’imaginer ce qui va se passer ensuite. Si lors de chaque séparation vous savez bien que vous allez retrouver votre enfant le soir, ce n’est pas son cas. De même, si chaque soir en prenant votre voiture vous savez que vous conduisez pour le retrouver, votre enfant n’a lui aucun moyen de prévoir votre arrivée. Il est donc compréhensible qu’il soit plus difficile pour lui de faire face à la tempête subite d’émotions qui l’envahit lors de votre départ et/ou de votre arrivée.

Le matin, il est indispensable de prendre le temps et de bien faire les transmissions aux professionnels, mais attention toutefois à ne pas faire durer trop longtemps la séparation. Quelques fois, on dit « aurevoir » à l’enfant et on se rend compte que l’on a oublié de transmettre une information au professionnel. On passe alors cinq minutes à parler avec lui, puis on retourne embrasser son enfant avant de filer définitivement au travail. Ce jeu de « va et viens », tel un ascenseur émotionnel, est très difficile à vivre pour l’enfant. Il a déjà du mal à savoir ce qu’il va se passer : « allez-vous partir ? » « allez-vous revenir ? ». Alors soyez vigilant, une fois que vous lui avez dit « aurevoir », il faut partir aussitôt !

Parfois, le soir, il est possible que vous arriviez alors que votre enfant est en pleine séance de jeu et qu’il n’arrive pas à s’en détacher, c’est normal ! Le travail de l’enfant est d’explorer pour découvrir le monde, c’est une tâche très sérieuse que les adultes doivent soutenir et être vigilants à ne pas interrompre. Le mieux à faire est de vous poser quelques minutes et d’être attentif à cette nouvelle expérience.

En résumé :

  • Pour que la journée de votre enfant se passe bien, pensez à charger « son réservoir affectif » en le prenant souvent dans vos bras.
  • Le soir, pensez à le laisser évacuez les émotions de la journée là aussi dans vos bras.
  • Gardez en tête que son cerveau est en construction, ainsi il ne sait pas : contrôler ses émotions, ni se projeter dans le futur même très proche. C’est donc à vous de vous adapter à la temporalité de votre enfant.

Aurore Vissière-Rodrigues Psychologue