> Signer avec bébé, quelle drôle d'idée !

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A la naissance le tout-petit est « équipé » pour communiquer mais si nous ne lui parlons pas, il ne parlera pas. Pour développer ses capacités de communication, il a besoin d’un adulte qui lui-même est compétent pour cela. Un bébé « parle » tout le temps mais il le fait avec son corps. Son corps, c’est du langage, corporel; l’adulte par un effet miroir dont parle Winnicott va renvoyer à l’enfant ce qui se passe pour celui-ci, ses émotions, ses mouvements, ce qu’il aime ou pas, ce qui est désagréable, agréable. Ce miroir qui renvoie à l’enfant qui il est à travers des mots, va lui permettre d’être en lien avec lui-même, de comprendre avec le temps ce qui se passe pour lui émotionnellement mais aussi de connaître son corps. Cela s’appelle la verbalisation. La verbalisation, plus que de parler à l’enfant, c’est la mise en mots du langage corporel de l’enfant. Cette interaction entre le bébé et l’adulte, ce tissage de langages et d’émotions dans une relation attentive et respectueuse va permettre à l’enfant, en lien avec son processus maturatif, d’accéder au langage verbal. Ce développement est naturel et plutôt très bien organisé puisque les adultes, sans le savoir, adaptent leur voix et sa tonalité, leur vocabulaire au bébé afin que celui-ci puisse accéder plus facilement au langage verbal.

Observer le bébé, le regarder avec attention est essentiel pour lui permettre d’accéder à un langage qui est en lien avec ce qu’il montre lui, c’est à dire ce qu’il ressent profondément.
Mais qu’est-ce qui nous a pris d’apprendre aux bébés de « signer » ? Dans quelles difficultés sont les professionnels pour oublier ce qui fait sens ? Quelles sont les représentations à l’œuvre pour en arriver à ces approches comportementalistes ? L’enfant serait en « manque » de communication, n’est-ce pas nier la réalité du développement ? L’enfant, étymologiquement, c’est celui qui ne parle pas, oui mais il communique, ne risque-t-on pas de nier cette communication corporelle essentielle qui permet justement à l’adulte de lui parler mais aussi de le reconnaître dans ses besoins et dans sa singularité ?

Avec les signes, nous remplaçons le langage de l’enfant qui vient de lui en lien avec ses compétences par un langage appris par l’adulte, de plus un langage gestuel symbolique pour des enfants qui ne sont pas encore pleinement dans la symbolisation. Nous apprenons à l’enfant un langage qui n’est pas naturel dans son développement. Le risque étant de ne plus regarder l’enfant mais de regarder les signes que l’adulte lui a appris. Cela pose problème, symboliquement, ne dépossède-t-on pas l’enfant de quelque chose de son « je » ?
L’enfant serait frustré de ne pas pouvoir se faire comprendre, comment, avec attention et bienveillance, nous pouvons l’aider à trouver ses propres signaux puis les mots qui pourront justement lui permettre de se faire comprendre.
Des questions idéologiques sont sous-jacentes. Apprend-on à l’enfant ? Ou bien est-ce que c’est lui qui apprend avec nous ? Quelle est la place de l’adulte dans son développement ? Les adultes se sentent-ils dépossédés s’ils n’apprennent pas à l’enfant ? S’ennuient-ils, trop de routines ? Et la mode dans tout ça ? Beaucoup de questions pour une simple chronique.

Heureusement, dans la réalité, les « signes » sont très peu nombreux (accompagnés de paroles ?) et les professionnels comme les parents sont aussi attentifs aux signaux des enfants. Il paraît que c’est en plus, mais en plus de quoi ? En aucun cas cela ne remet en cause la compétence des uns et des autres. Mais quand même, quelle drôle d’idée !

 

                                                      Article publié dans "Les pro de la Petite Enfance"
                                                      Rédigé par Jean-Robert Appell (Educateur de jeunes enfants, formateur à l'association Pikler-Loczy)

 


 

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