> Quelles chaussures pour les premiers pas ?

Chaussure enfant

Si, à partir de la marche assurée de l’enfant, le port d’excellentes chaussures adaptées à son pied est nécessaire, il faut se souvenir qu’auparavant et durant toute son enfance, il est très bon pour l’enfant de marcher souvent pieds nus.

Les petits pieds potelés des bébés sont si émouvants que les parents en conservent parfois l’empreinte. Souvent, dans les cadeaux de naissance, sont offertes les premières baskets, les Babies vernies minuscules… Mais petit pied deviendra grand…et il faut veiller à ne pas l’abîmer !

Le pied

Organe fragile, le pied est composé de 26 os reliés entre eux par des articulations et de 20 muscles. C’est un extraordinaire dispositif biologique :
-Il permet stabilité et mouvements (marche, course, saut, escalade),
-Quelque 7200 terminaisons nerveuses (sensibilité superficielle et profonde) permettent l’adaptation au terrain par l’analyse des informations nécessaires au maintien de l’équilibre,
-Il possède des fonctions peu connues : circulation du sang vers le cœur, régulation thermique…
C’est une grande victime de la mode : en effet, 98% des enfants naissent avec des pieds sains, mais 60% des adultes présentent des déformations des pieds liés la plupart du temps au port de chaussures inadéquates.

Quand chausser le bébé ?

-Tant que le bébé est allongé ou à quatre pattes, chaussons et chaussettes suffisent,
-Pour les sorties à l’extérieur, dès qu’il se tient debout plus de la moitié de son temps de réveil, des chaussettes antidérapantes ou des chaussures souples l’aident à aborder la marche.
-Quand il commence à marcher de façon autonome, de 12 à 36 mois, le port de chaussures dites « premiers pas », adaptées à la taille du bébé est indispensable. Les chaussures de marche d’une très grande qualité seront coûteuses mais ce chaussage adéquat lui permettre d’avoir, pour la vie, des pieds « sains » : la chaussure n’est pas faite pour assister la marche, mais pour protéger le pied.
Entre 1 et 3 ans, le pied grandit rapidement (environ 2,5 cm par an). Il est nécessaire de contrôler sa taille tous les deux mois et d’adapter les chaussures à celle-ci. Ensuite, les pieds grandissent de 1 à 2 cm par an. Entre 4 et 6 ans, le port de semelle peut parfois être nécessaire.

Evolution du chaussage

Des premiers mois aux premiers pas. Les premiers mois avant le début de la marche et jusqu’à ce que la démarche soit assurée (15-18 mois), les pieds doivent être laissés libres et mobiles. Au cours de cette période, l’enfant peut marcher pieds nus. Le pied de l’enfant s’ossifie tardivement. Le nourrisson est en phase de « développement musculaire ». Ainsi, pendant son jeune âge, il est excellent de marcher souvent pieds nus sur des sols réguliers ou pierreux, sur du sable ou de l’herbe afin d’acquérir stabilité, équilibre et musculation du pied

Le port de chaussures trop jeune peut limiter le jeu musculaire du pied et l’affaiblit. S’il est mal chaussé (chaussure trop petite), il ne souffre pas (la graisse de son pied l’empêche de sentir la douleur), mais son pied peut se déformer. On peut occasionnellement lui mettre des chaussures, mais tant la chaussure que la semelle devront être souples.

Après les premiers pas et au cours des trois premières années

Physiologiquement, les pieds sont ronds et plats à cet âge. Quand l’enfant est à la maison ou en collectivité, le port de chaussures est déconseillé : les pieds nus, en chaussettes antidérapantes ou en chaussons souples laissent aux pieds une grande liberté de mouvements. En revanche, pour sortir et marcher en ville ou à la campagne, le port de chaussures dites « de marche » est vivement conseillé. Les chaussures en matériaux naturels (cuir souple) si possible ou de qualité, doivent maintenir le pied avec une tige haute. Les contreforts, asymétriques, respectent l’anatomie du pied et le maintiennent, notamment au niveau de l’arrière-pied et de la cheville. Le bout rond de la chaussure permet le mouvement des orteils et la mobilité dans tous les sens. Il est conseillé d’avoir un galbe du talon d’environ 1 cm. Ces chaussures ne doivent pas être trop lourdes et la semelle sera assez souple. Le laçage, qui permet de compenser le manque éventuel de souplesse ou d’adaptation à la largeur du pied est à préférer au « scratch ». L’intérieur de la chaussure, au moins, doit être en cuir (dans des chaussures en matière synthétique avec des chaussettes en tissu synthétique, l’enfant transpire beaucoup). Les coutures intérieures et les piqûres d’assemblage saillantes ou agressives (notamment au milieu du dos du pied) sont susceptibles de gêner ou blesser l’enfant.

Après la quatrième année et jusqu’à 6 ans environ (pointure 23 à 27)

La cambrure se forme et le pied s’affine ; les chaussures doivent alors maintenir les articulations (tibiotarsiennes et sous-astragaliennes) et pour cela, la tige doit être suffisamment haute (commençant en dessous ou au-dessus de la malléole, jamais dessus), couvrant le cou-de-pied et relativement rigides, avec des contreforts asymétriques. Il ne faut pas de soutien systématique de la voûte plantaire qui pourrait gêner l’évolution musculaire et ligamentaire naturelle. Chaque pied étant différent, si nécessaire, la semelle de propreté amovible pourra être remplacée, après prescription du podologue, par une orthèse de correction réalisée par ce dernier.

Faut-il un soutien de voûte plantaire ?

Contrairement aux idées reçues et aux pratiques d’il y a une trentaine d’année, les travaux scientifiques ont montré que pour un bébé, il n’y a pas besoin de soutien de voûte plantaire. En effet, dès la naissance, le pied du bébé possède un coussinet graisseux situé sous l’arche osseuse du pied qui fait office de voûte plantaire naturelle. Un soutien artificiel écraserait cette arche.

Comment connaître la taille du pied de l’enfant ?

Le pédimètre posé sur le sol est l’instrument de référence. La mesure peut être obtenue en mettant le pied de bébé bien à plat sur une feuille de papier et en traçant le contour. La mesure trouvée (distance entre l’orteil le plus long et le dos du talon) est alors comparée à un tableau de référence qui permettra de déterminer, avec le chausseur, la taille des chaussures. On ajoute une marge d’une pointure pour permettre le bon déploiement des orteils. L’essayage est plus que préférable !

A quoi voit-on qu’une chaussure « va » bien ?

-En appuyant sur le bord le plus extérieur de l’avant-pied, on ne sent pas la forme des orteils : les orteils de l’enfant sont à l’aise, peuvent s’étaler et n’atteignent pas le bout de la chaussure.
-Il faut pouvoir passer un doigt entre le pied et l’arrière de la chaussure.

Comment voit-on qu’une chaussure est trop petite ?

Le bébé ne manifestera pas sa douleur s’il a des chaussures trop petites.
-La mesure du pied ne correspond plus à celle du pédimètre.
-Il n’est plus possible de passer un doigt entre le pied et l’arrière de la chaussure.
-La forme des orteils au bord extrême de l’avant-pied de la chaussure est palpable.

Peut-on garder les premières paires de chaussures d’un bébé pour d’autres enfants ?

Il ne faut jamais, surtout les premières années, mettre à un enfant des chaussures ayant déjà été portées, qu’il s’agisse de celles des aînés ou de chaussures d’occasion (brocantes, dépôts-ventes, prêts).

Quand peut-on voir qu’un pied est plat ?

Jusqu’à 4 ans, dans tous les cas, le pied est plat physiologiquement. Peu à peu le coussin graisseux a disparu et ce n’est que vers l’âge de 4 ans que les muscles et les tendons développés entraînent une cambrure permettant la stabilité.
La cambrure se voit sur l’empreinte du pied, lui donnant sa forme caractéristique (concave à l’intérieur, convexe à l’extérieur). Si le pied s’étale encore complètement, son empreinte est convexe des deux côtés. Il est alors conseillé d’aller consulter. En cas de pied plat, le « cambrion » d’une semelle intérieure, placée sur indication médicale, évite le risque de malposition du pied. C’est au médecin d’adresser la famille au podologue ; celui-ci joue un rôle important dans le dépistage des troubles de la marche.

Il est inutile de mettre à un nourrisson des chaussures rigides, dont le port prématuré risque de limiter la musculation du pied et de l’affaiblir. Chez le tout, la chaussure est un écrin pour un bijou à protéger…

 

Article publié dans les Métiers de la petite enfance
Rédigé par Marie-Louise Zabban-Klein
médecin de PMI, Versailles (78)

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