> L'influence des attitudes professionnelles sur la construction du cerveau des enfants

Construction du cerveau des enfants

Le cerveau des jeunes enfants est immature et malléable. En passant plusieurs heures par jour à leurs côtés, les professionnels ont un impact direct sur la construction et la spécialisation du cerveau des enfants qui leur sont confiés. Leur responsabilité est très importante.

Une responsabilité des professionnels-lles

Chaque exploration, chaque expérience que vit l’enfant aux côtés des professionnels-lles s’impriment dans son cerveau  encore immature et malléable. A chaque fois que l’un d’entre eux le prend dans ses bras, lui lit une histoire, lui chante une chanson, il provoque la connexion de milliers de neurones entre eux. Ces expériences quotidiennes et anodines viennent influencer l’expression de certains de ses gènes, le développement de ses circuits neuronaux, la formation de ses synapses, la sécrétion de molécules clés comme l’ocytocine, la sérotonine, la dopamine,…Ces expériences précoces viennent modeler ses futures compétences socio-affectives (surmonter son stress, exprimer ses émotions) et intellectuelles (raisonner, manipuler des données abstraites). Aussi, même si parfois les parents n’en ont pas conscience, la responsabilité des professionnels à l’égard des enfants est très importante.

Quand les enfants passent de nombreuses heures par semaine en dehors de leur foyer, ce qui est vécu dans le lieu d’accueil et au domicile participe autant à la spécialisation et à la construction des fondations de leur intelligence. Cela est d’ailleurs particulièrement bénéfique pour l’enfant, notamment dans le cas d’une famille négligente ou carencée : les expériences vécues par l’enfant en lieu d’accueil permettront d’atténuer de manière conséquente l’impact de son environnement familial défavorable (maltraitance, situations de violence ou exposition excessive aux écrans, par exemple).

La trace des expériences les plus fréquentes

Comment expliquer l’impact des expériences précoces sur le développement de l’être humain? Nous savons aujourd’hui que ce que vit quotidiennement un tout-petit aux côtés des professionnels s’imprimera dans son être de manière durable. En effet, son cerveau est « plastique », c’est-à-dire qu’il se module, se bâtit au gré des expériences qu’il vit. Chaque seconde, depuis sa naissance et jusqu’à ce qu’il souffle sa cinquième bougie environ, 700 à 1000 nouvelles connexions de neurones se créent dans son cerveau, ce qui est considérable. Puis, afin que l’enfant s’adapte au mieux à son environnement, son cerveau finit par opérer un tri. Or, il ne conserve pas les plus belles expériences que vit l’enfant, mais les plus répétées, les plus quotidiennes. Aussi, les connexions des expériences les plus rares finissant par disparaître, tandis que les connexions des expériences les plus fréquentes sont renforcées : il s’agit de l’élagage synaptique.

L’impact des maltraitances émotionnelles

Depuis une dizaine d’années, les recherches en neurosciences affectives et sociales alertent sur l’impact des maltraitances émotionnelles sur le développement psychoaffectif et cognitif de l’enfant. Nous savons aujourd’hui que les pratiques qui visent à isoler l’enfant et à le punir suscitent inutilement en lui des émotions de peur, de honte et de colère. Crier après lui, se moquer de lui, ne pas le consoler s’il pleure, lui dire qu’il est un enfant « méchant », « nul », « bon à rien », freinent la maturation d’une zone de son cerveau appelé le cortex orbitofrontal.

Cette zone polyvalente joue un rôle clé dans l’épanouissement de l’individu en société. Elle est responsable en grande partie de notre capacité à réguler nos émotions, à apaiser nos réactions vives, à être en empathie avec notre interlocuteur, à anticiper, etc. A fortes doses, les molécules sécrétées par le cerveau de l’enfant en cas de peur ou de stress sont très toxiques. A l’inverse, l’ensemble des pratiques chaleureuses, empreintes d’humanité, de tendresse et d’empathie, comme prendre l’enfant dans les bras, le consoler, lui sourire, le valoriser, encourage la maturation du cortex orbitofrontal.

La crainte et la culpabilité des professionnels

Cette responsabilité des professionnels vis-à-vis du développement des enfants peut susciter des craintes ou de la culpabilité : quel adulte ne s’est pas emporté avec un enfant ? Perdre son sang-froid est humain et tout comme les plus petits, nous pouvons éprouver des difficultés à gérer nos émotions et à retrouver notre calme quand la colère nous envahit. Pour le cerveau du petit enfant, la nocivité est liée à la répétition. Il est donc essentiel que ces « dérapages », s’ils surviennent, soient occasionnels.

Ainsi, il ne s’agit pas de culpabiliser face à telle ou telle attitude ponctuelle non-adaptée, mais à s’interroger sur la cause de ce comportement et à comprendre que chaque professionnel de la petite enfance a un impact direct sur la maturation et la spécialisation du cerveau qui lui sont confiés. Ce simple constat permet d’éclairer utilement les pratiques. La célèbre citation du pédiatre Janusz Korczak prend alors tout son sens « Vous dites : « c’est fatiguant de fréquenter les enfants ». Vous avez raison. Vous ajoutez : « parce qu’il faut se mettre à leur niveau, se baisser, s’incliner, se courber, se faire petit. » Là, vous avez tort. Ce n’est pas cela qui fatigue le plus. C’est plutôt le fait d’être obligé de s’élever jusqu’à la hauteur de leurs sentiments. De se hisser sur la pointe des pieds pour ne pas les blesser. »

Conclusion

Alors, comment faire pour permettre aux enfants de construire des fondations solides ? Il s’agit de les encourager, les valoriser, les prendre dans les bras, les consoler quand ils sont tristes, les rassurer quand ils ont peur, mettre des mots sur leurs émotions, leur sourire, rire et jouer avec eux ; nommer les objets qu’ils pointent du doigt, les laisser explorer leur environnement, grimper, sauter et courir, tout en gardant sur eux un œil bienveillant. Par ailleurs, il est essentiel de prendre soin de soi, car un professionnel optimiste et empathique sera naturellement plus à l’écoute des besoins des enfants qui lui sont confiés.

 

Pour aller plus loin :

Alvarez C. La plasticité cérébrale chez l’enfant. Mars 2015. www.youtube.com/watch?v=pnF21M3OU-U

Naître et grandir. La capacité phénoménale d’apprentissage des bébés. Août 2012. www.youtube.com/watch?v=ams43i_mOrg

Gueguen C. Pour une enfance heureuse. Repenser l’éducation à la lumière des dernières découvertes sur le cerveau. Paris : Robert Laffont ; 2014

Korczak J. Le droit de l’enfant au respect. Paris : Fabert ; 2009.

 

                                                                                                       Article publié dans les « Métiers de la petite enfance »
                                                                                                       Ecrit par Héloïse JUNIER (Psychologue en crèche, formatrice, conférencière)

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